L’industrie marocaine et sa capacité à créer des emplois

Haitham Alkatmour; Expert en ingénierie industrielle
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L’industrie marocaine et sa capacité à créer des emplois

Haitham explique dans cet article le lien complexe entre industrie et création d'emploi. Il revient sur les raisons de la décélération des retombées sur l'emploi du secteur d'industrie manufacturière et notamment en automobile et aéronautique.

Nul ne peut nier le développement des capacités industrielles du Royaume. Celles-ci ont été pensées et construites au cours des vingt dernières années.
En complément des industries historiquement implantées — textile, agroalimentaire et industrie cimentière, entre autres —, le Maroc a développé une industrie automobile et renforcé son industrie aéronautique.
La construction progressive des écosystèmes, en commençant par les activités les plus accessibles, l’attraction de grands constructeurs, la croissance en volume et en valeur ainsi que l’élargissement des chaînes de valeur ont permis de consolider cette industrialisation. Cette dynamique a été accompagnée par des efforts en matière d’infrastructures, de législation, de fiscalité et de formation.
Cette démarche visait notamment à augmenter la part de l’industrie dans le PIB national et à favoriser la création d’emplois grâce aux investissements industriels.
À ses débuts, son impact sur l’emploi a été stimulé par plusieurs facteurs :
- L’arrivée d’activités à forte intensité de main-d’œuvre. Le câblage en est un bon exemple. Il a contribué au développement initial de l’industrie automobile locale, le Maroc proposant des avantages intéressants en matière de position géographique, de flexibilité, de coût de la main-d’œuvre et d’accès aux marchés internationaux. Une usine de câblage pouvait ainsi créer plus de 1 000 emplois directs dans des délais relativement courts.
- L’arrivée de deux constructeurs majeurs en l’espace de sept ans. Les implantations de Renault à Melloussa et de PSA à Kénitra ont constitué une avancée majeure et généré plusieurs milliers d’emplois directs. Elles ont permis de développer les écosystèmes existants, d’en créer de nouveaux et d’inciter d’autres industriels à s’installer au Maroc. Cet effet boule de neige a également favorisé la création de nombreux emplois indirects.
- La multiplication des sites industriels, pour répondre à la demande et accompagner le transfert de certaines activités depuis des sites européens jugés plus coûteux ou moins bien situés par rapport aux constructeurs installés au Maroc.
- L’arrivée de nouvelles activités industrielles, parfois moins intensives en main-d’œuvre, mais contribuant néanmoins à l’emploi direct et indirect : aéronautique, électronique, défense, matériaux pour batteries…
Cette dynamique de création d’emplois rencontre toutefois plusieurs freins, internes et externes, que le Maroc doit prendre en compte, anticiper et auxquels il doit s’adapter :
- La crise du diesel et les fluctuations des ventes de véhicules, notamment en Europe.
- Le rythme de développement de l’écosystème du véhicule électrique, qui nécessite des investissements lourds et des adaptations conséquentes.
- L’arrivée d’activités intrinsèquement moins intensives en main-d’œuvre, avec des unités qui peuvent ne compter que quelques dizaines ou une centaine de salariés.
- La montée en gamme dans les chaînes de valeur, qui génère des postes de cadres et d’ingénieurs, mais dont les besoins en effectifs peuvent être plus limités.
- La difficulté des entreprises industrielles locales à monter en gamme et à changer d’échelle, ce qui limite leur capacité à saisir toutes les opportunités offertes par ces nouvelles implantations.
- Le manque d’attractivité de certaines activités, comme le câblage, dont l’image a parfois été dégradée par des critiques dans les médias et sur les réseaux sociaux, certaines pouvant être injustes ou excessives.
- Le recours aux heures supplémentaires, qui permet aux entreprises d’augmenter leur production sans nécessairement procéder à de nouveaux recrutements.
- Une prospection encore insuffisamment offensive dans certains secteurs industriels, moins connus et moins liés à l’automobile ou à l’aéronautique, mais susceptibles de créer des emplois.
- L’attente de l’implantation d’un troisième grand constructeur automobile, régulièrement évoquée, mais qui tarde à se concrétiser.
- L’absence, à ce stade, d’une usine d’assemblage d’avions portée par un grand constructeur aéronautique, qui pourrait donner une nouvelle dimension au secteur et à son impact sur l’emploi, à l’image du rôle joué par Renault et PSA dans l’automobile.
- La robotisation et la numérisation croissantes, ainsi que le recours à l’intelligence artificielle, qui peuvent réduire les besoins de recrutement pour certaines tâches industrielles, tout en faisant émerger de nouveaux métiers. Le Maroc doit donc renforcer l’employabilité de sa population active en adaptant les compétences et les formations à ces évolutions.
- Le manque d'attractivité de l'industrie (qualité de la vie au travail, salaires, pression...) qui n'est pas propre au Maroc mais qu'on commence à ressentir à l'image du marché de l'emploi européen.
Dans un prochain article, j’aborderai les pistes que le Maroc pourrait explorer pour renforcer l’impact de son industrie sur l’emploi et le pérenniser dans le temps.

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