La gestion sanitaire des inondations
Dans le contexte des dernières semaines au Maroc, cette lecture de Dr Nisrine Idder sur la gestion sanitaire des inondations, vient éclairer une face importante de ce genre de crises pour lesquelles le Maroc devra mieux s'armer sur les années à venir.
Contexte
Le Maroc connaît actuellement des précipitations exceptionnelles qui ont conduit les autorités à évacuer plusieurs régions. Des inondations ont touché une partie du nord du Royaume.
Les inondations pluviales inhabituelles constituent aujourd’hui un défi majeur pour de nombreux pays, qu’ils soient développés ou en voie de développement.
Sous l’effet des changements climatiques, de l’urbanisation rapide et de la dégradation des écosystèmes, les épisodes de pluies intenses deviennent plus fréquents et plus imprévisibles. Ces phénomènes entraînent non seulement des dégâts matériels considérables, mais également des conséquences sanitaires graves qui exigent une gestion rigoureuse, coordonnée et anticipée.
La gestion sanitaire en cas d’inondations pluviales repose ainsi sur trois axes complémentaires : la prévention, la réponse d’urgence et la phase de réhabilitation.
Les impacts sanitaires des inondations pluviales
Les inondations affectent la santé des populations de manière directe et indirecte.
Les impacts directs incluent les blessures, les traumatismes et les décès par noyade. Les effondrements d’habitations, les chutes d’objets et les électrocutions représentent également des risques immédiats.
Les conséquences indirectes sont souvent plus durables et plus complexes. Les eaux stagnantes favorisent la prolifération de vecteurs de maladies, comme les moustiques, augmentant ainsi le risque de pathologies telles que le paludisme. Par exemple, des pays comme le Bangladesh ou le Pakistan ont régulièrement connu des flambées épidémiques après des inondations majeures.
La contamination des sources d’eau potable par des eaux usées expose également les populations à des maladies hydriques telles que le choléra, la typhoïde et les diarrhées aiguës.
Les inondations perturbent en outre les infrastructures sanitaires : centres de santé submergés, routes impraticables, rupture des chaînes d’approvisionnement en médicaments et en vaccins. L’interruption des soins pour les patients atteints de maladies chroniques (diabète, hypertension) ou du suivi des grossesses chez les femmes enceintes aggrave la vulnérabilité générale.
À cela s’ajoutent les troubles psychosociaux liés aux pertes humaines et matérielles.
La prévention et la préparation sanitaire
La gestion sanitaire efficace commence bien avant la catastrophe. La prévention repose sur une planification rigoureuse et une coordination intersectorielle.
Les autorités sanitaires peuvent élaborer des plans nationaux de préparation aux urgences intégrant des protocoles spécifiques aux inondations. La cartographie des zones à risque permet d’identifier les populations vulnérables et d’anticiper les besoins en ressources médicales.
Le renforcement des infrastructures hospitalières, notamment par la surélévation des bâtiments ou la protection des équipements essentiels, permet de limiter les interruptions de service.
Des stocks stratégiques de médicaments, de solutions de réhydratation orale, de vaccins et de kits d’hygiène doivent être constitués à l’avance. À défaut, des unités de gestion de crise situées dans les préfectures des zones voisines pourraient être mobilisées afin de constituer, selon les besoins, des kits d’urgence (médicaments et kits d’hygiène). Une liste actualisée en permanence constituerait un protocole prédéfini, prêt au déploiement.
Les systèmes d’alerte précoce jouent également un rôle crucial. La diffusion rapide d’informations fiables permet aux populations d’adopter des comportements préventifs, comme la sécurisation des réserves d’eau potable ou l’évacuation vers des zones sûres.
L’éducation communautaire est essentielle: sensibilisation aux pratiques d’hygiène, à la désinfection de l’eau et à la prévention des maladies.
La réponse d’urgence pendant l’inondation
Lorsqu’une inondation survient, la priorité est de sauver des vies et de limiter les risques sanitaires immédiats.
Les équipes de secours doivent intervenir rapidement pour évacuer les populations isolées et fournir les premiers soins.
La mise en place de centres d’accueil temporaires doit respecter des normes minimales d’hygiène et d’assainissement: accès à l’eau potable, toilettes séparées, gestion des déchets. La distribution de kits d’hygiène est essentielle pour prévenir les épidémies.
La surveillance épidémiologique doit être renforcée afin de détecter rapidement toute flambée de maladies. Des équipes mobiles de santé peuvent être déployées dans les zones difficiles d’accès afin d’assurer la continuité des soins. La vaccination d’urgence peut être envisagée dans certains contextes à haut risque.
La communication de crise constitue un autre pilier de la réponse. Les autorités doivent informer clairement et rapidement la population sur les risques sanitaires, les mesures de
prévention et les lieux de prise en charge médicale. Une coordination efficace entre les ministères de la Santé, de l’Intérieur, de l’Environnement et les associations civiles proches de la population est indispensable.
La phase post-inondation et la reconstruction sanitaire
Après le retrait des eaux, les risques sanitaires persistent. Les opérations de nettoyage doivent être accompagnées de mesures de protection afin d’éviter les infections et les accidents. La désinfection des puits et des réseaux d’eau potable constitue une priorité.
La réhabilitation des infrastructures sanitaires doit être planifiée de manière durable. Il est recommandé d’intégrer le principe de “reconstruire en mieux”, en renforçant la résilience des établissements de santé face aux catastrophes futures.
Un soutien psychosocial doit également être proposé aux victimes, notamment aux enfants et aux personnes ayant perdu des proches ou leurs moyens de subsistance.
Les programmes de reconstruction doivent inclure la restauration des services de santé primaires et la reprise des campagnes de vaccination interrompues.
Enfin, l’évaluation post-crise permet d’identifier les lacunes du système et d’améliorer les plans de préparation pour l’avenir.
Conclusion
La gestion sanitaire en cas d’inondations pluviales inhabituelles représente un enjeu majeur de santé publique. Elle nécessite une approche intégrée combinant prévention, préparation, intervention rapide et reconstruction durable.
Face à l’intensification des phénomènes climatiques extrêmes, il est indispensable d’investir dans des systèmes de santé résilients capables de protéger efficacement les populations les plus vulnérables. Une coordination interministérielle solide et active demeure la clé d’une réponse sanitaire efficace et adaptée aux défis actuels et futurs.
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Commentaires
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Merci pour cette belle contribution.
Le Maroc soit s'organiser face à ces phénomènes qui risquent de s'installer dans le temps.
La médecine d'urgence et les services de secours (pompiers) doivent être revus de manière globale et adaptée pour améliorer la proactivité et la réactivité en sitation de crise.